- Listening to: Within Temptation
- Drinking: Coca light
Ce fut la première fois.
Je m'étais pourtant jurée que jamais je te toucherais à cette maudite boite de mouchoirs, vous savez, celle qui se trémousse toujours sur le bureau de votre psychiatre. J'en ai dejà vu de toutes les formes, de toutes les couloirs, gravées de tous les surnoms possibles et imaginables, de ces boites de mouchoirs vicieuses et sournoises n'attendant qu'une seule chose : un bon gros sanglot de votre part afin de se vider de leurs plumes immaculées.
"Effexor vous rend plus fort !" Mais bien sûr. Il a vachement marché sur moi. C'était d'ailleurs mon premier antidepresseur, quel âge j'avais déjà, dix-sept ans ? En ce temps là, je prenais très méticuleusement mes tonnes de pilules de toutes tailles, je croyais sérieusement qu'elles m'aideraient. Tu parles. Elle vient vite, la lucidité.
J'avais passé la matinée à recommencer quatre fois ( il va falloir le recommencer une cinquième fois ) un travail pour les cours, je n'avais pas vraiment envie d'aller voir monsieur le psychiatre, même si c'est la seule personne en qui j'ai confiance sur cette planète. A la clinique, je n'avais pas peur, mais aller le voir dans son cabinet a rompu la complicité d'avant. Alors je me recroqueville sur ma chaise, entourant ma poitrine de mes bras, laissant depasser une main pour ronger ces ongles que je n'ai plus, le regard plaqué sur le sol, comme au rugby. Je n'ose plus regarder dans les yeux.
- Marion, vous ne me regardez même plus.
- J'ai honte.
- Vous pensez donc que je ne suis pas assez digne pour vous aider ?
- ...
- Marion, je vais être très méchant avec vous... ( ... )
- ...
Plouf. La carapace de mepris et de haine a fondu, et mes larmes avec. J'ai detourné la tête. Je n'arrivais pas à les retenir, ces putains aquatiques. Elles coulaient sous mes cheveux. Comme des cascades de lassitude, de fatigue.
- Marion... je suis allé un peu trop loin...
-... pas grave...
- Regardez moi.
- ...
Il me tend la main. Je sais que je dois au moins me forcer, lui tend la mienne.
- Marion, regardez moi. Je sais que l'exercice de la séance est difficile... que je vous en demande beaucoup.
Certes. Ma voix ne s'est plus manifesté. Ni mon regard. Lentement, ma main s'est dirrigée vers l'ennemie : la boie à mouchoir. J'ai essuyé mes yeux, mon nez de clown triste. Une deuxième feuille pâle. Une troisième. Impossibilité de m'arrêter. Pendant que j'essaie de stopper la pluie, il note. Je sais ce qu'il note.
" Pleure enfin devant moi, après trois ans d'entretiens "
Je vais y gagner quoi ? A la sortie, j'ai rien trouvé de mieux que de me re-re-re-reteindre mes cheveux en rouge. Pour que les larmes deviennent de sang, et se collent donc à mes idées. A dix-sept ans, c'était pas normal de voir un psy. Maintenant, c'est presque devenu banal. M'en fou.